Cette année après chaque rallye, je reviendrai, rien que pour vous, sur trois moments marquants de notre course sans aucun filtre. A l’issue d’une épreuve aussi frustrante qu’exigeante terminée à la sixième place, je vous livre mes impressions sans détour.

 

L’avant-course …

 

Contrairement à l’an dernier, j’arrivais un peu mieux préparé sur ce Monte-Carlo avec deux jours d’essais, du recul sur la voiture après la saison 2019 et aussi moins fatigué ! Comme nous avions terminé quatrièmes la saison passée, au fond de moi, je m’étais fixé comme objectif un podium. Ou du moins, j’avais l’espoir de pouvoir jouer un peu plus avec mes adversaires. Tout cela, sans oublier que mon rôle principal était d’assurer des points pour Hyundai Motorsport en cas de défaillance de l’un de mes coéquipiers.

 

Le jeudi, durant la journée « média » à Monaco, au moment où les infos précises sur la météo tombaient au fur et à mesure, je commençais déjà à me dire que cela allait être plus compliqué que prévu avec notre position sur la route. En partant septième, avec des spéciales partiellement glacées et enneigées mais aussi et surtout avec des températures qui allaient faire fondre tout ça, je m’attendais à trouver une route très dégradée lors des deux premières journées. Avant même le départ, la physionomie de la course changeait quelque peu. Et je savais qu’il faudrait prendre son mal en patience pour ne pas faire une erreur bête.

 

Si l’ES1 le démontrait avec un tapis de feuilles sur la quasi-totalité de la spéciale – les soucis des Ford qui partaient devant moi prouvaient bien ces conditions –, ce n’était pas encore catastrophique. A l’arrivée de l’ES2 par contre, je prends une petite « claque ». Je savais qu’on allait perdre du temps mais peut-être pas autant. La route a totalement changé depuis le passage des ouvreurs et après deux ou trois frayeurs, j’ai calmé le jeu. Sur le routier nous ramenant à Gap, avec Danos, on s’est tout de même dit que le lendemain il ferait jour, et que même si on partirait toujours septième, on aurait le temps de se refaire ! 

 

Et ça se confirme rapidement avec le deuxième temps dans l’ES3 et deux quatrième temps dans l’ES4 et l’ES5. En prenant en compte les conditions de route et aussi la sortie d’Ott qui nous « obligeait » à assurer d’avantage pour le championnat constructeurs, nous n’étions pas totalement largués. Quatrième était clairement notre position. Nous avions un peu creusé l’écart face à Lappi et nous avions définitivement compris qu’il nous manquait un peu de performance pour aller chercher les trois de devant. Malgré l’attente de tout le monde et notre esprit de compétition, il fallait être lucide sur la situation : nous étions à notre place.

 

Le samedi matin…

 

A partir de là commence un autre rallye où nous entrons machinalement dans un mode de gestion. Ce qui est, au Monte-Carlo, est assez périlleux. Quand tu commences à vouloir assurer, tu peux très facilement perdre beaucoup de temps. Ne pas vouloir prendre de risques quand dans une même spéciale tu recontres de la glace, de la neige, du verglas, de la boue, du mouillé et du sec, cela devient « risqué » justement. Et nous sommes entrés dans un faux rythme le matin. Et puis l’après-midi, quand nous avons voulu revenir dans le rythme, nous avons fait une erreur. C’est toujours délicat de changer de rythme dans une même journée.

 

Lappi étant revenu à notre hauteur, le dimanche matin, on fait un « reset » total, on oublie tout et on doit repartir à bloc pour garder cette quatrième place ! Lors du briefing (très) matinal, vers 5h30, l’équipe météo Hyundai nous annonce que la première spéciale est à 80% humide et la deuxième entièrement mouillée. Ils annoncent de la pluie jusqu’à 10h et de la neige au col … « Il est 5h30 du matin, s’il pleut pendant 5h, ça ne sèchera jamais ». Voilà ce que l’on se dit sur le coup. On se pose même la question de mettre des « pneus neiges ». Rapidement, on oublie l’idée des « neiges » et on décide un choix qui nous semble offensif sur le moment : 5 super softs ! On ne veut pas prendre de roue de secours pour le poids. Andrea (Adamo), avec toute son équipe, nous conforte dans l’idée de ce choix et a l’air assez sûr de lui. On le suit. Thierry part lui aussi dans cette idée. Avant que Dani (Sordo, son ouvreur) n’arrive à le convaincre que ça aura le temps de sécher et qu’il faut prévoir des « softs » pour le deuxième tour. L’expérience de la course de Dani et son recul sur les pneus a clairement fait la différence et cette décision à la dernière seconde a sauvé le week-end de Hyundai avec cette superbe victoire qui s’en est suivie.  

 

Quant à nous, au bout de deux kilomètres de spéciale, je savais qu’on avait fait deux erreurs : les super softs et de n’avoir qu’une seule roue de secours. On ne s’attendait pas à trouver la spéciale dans cet état, déjà quasiment sèche dès le premier passage.

 

Après coup, il est toujours plus facile de faire le bon choix ! Je ne veux absolument pas blâmer l’équipe. Mieux encore, j’avais toujours retenu une règle que l’on s’était fixé avec Citroën Racing à l’époque : « Au Monte-Carlo, si tu as un doute sur le choix des pneus, pars toujours vers le tendre et jamais vers le dur ». Je crois que c’est la première fois que cette règle n’a pas marché !

 

C’est aussi la première fois que je dois disputer toute une fin de rallye au ralenti pour pouvoir rejoindre l’arrivée. Ce fut interminable avec quatre pneus à la toile et comme seule option de rouler à 10% pour ne pas finir sur les jantes.

 

Le débriefing …

 

A l’arrivée, malgré certainement la course la plus frustrante de ma carrière, pour toutes les raisons que l’on vient d’évoquer, on termine sixième au général et on marque les points du cinquième pour le championnat constructeurs, ce qui permet à Hyundai de prendre la tête dès la première course. On a rempli une part du boulot.

 

En ne faisant que six rallyes par an, on ne peut pas prétendre jouer la victoire à tous les rallyes. Il faut l’accepter, et je l’accepte. Même avec toute l’expérience et toute la motivation du monde. Et ça, peu importe le sport je pense. Les gens ont tendance à l’oublier parfois et je peux comprendre qu’ils soient déçus. En arrêtant ma carrière en 2013, j’aurai pu rester à tout jamais comme celui qui ne perd jamais. Et à leurs yeux, ils me voient peut-être encore comme ça.

 

J’ai décidé de revenir car j’en avais envie et que Hyundai attendait de moi tout autre chose que ce que l’on a pu attendre de moi toute ma carrière : apporter mon expérience, assurer des points au championnat constructeurs sans avoir l’obsession de penser à la victoire et m’offrir la chance incroyable de piloter une WRC encore aujourd’hui dans une équipe officielle. Je ne les remercierai jamais assez de cette opportunité.

 

Cela ne veut absolument pas dire que je veux finir sixième à chaque rallye ou me battre en fond de peloton. Avec Daniel, on a toujours autant l’envie de bien faire. Mais l’objectif a changé maintenant. Il est certain qui si on peut jouer devant sur quelques terrains, comme ce fut le cas au Chili où on se bat pour la victoire toute la course ou en Catalogne où on est en tête le premier jour, on le fera ! Et on va travailler pour cela, croyez-moi.

 

Je veux être un plus pour l’équipe. Si on juge, Hyundai et moi, que Dani, Craig ou je ne sais qui peut être plus rapide et apporter davantage, je laisse ma place. Il faut que ma présence soit utilisée intelligemment pour arriver au seul but que l’on veut tous : le titre constructeurs.

 

A l’arrivée du Monte-Carlo dimanche, Andrea m’a dit « As-tu envie vraiment d’aller en Suède ? ». Je lui ai dit : «  Vraiment ? Non ! Si vous avez une solution de secours, allez-y. Je ne veux pas être un frein pour l’équipe. »

 

La Suède peut être le plus beau rallye de la saison quand il y a 10 cm de glace, des murs de neige et qu’il fait -20 degrés ! Mais ça peut être le pire quand c’est l’inverse. Et c’est un peu ce qu’il se prépare avec un manque de neige et des températures positives. Il va falloir prendre des gros risques dans des conditions compliquées pour suivre les autres. Je ne me sens pas prêt et je ne pense pas être le meilleur élément là bas. Il y a dix ans peut-être mais plus maintenant.

 

D’avoir ce type de conversation avec le boss de l’équipe, d’une manière aussi simple et franche comme c’est le cas avec Andrea, c’est juste incroyable. Il faut être conscient de ça. Ok, j’ai peut-être la lucidité de me mettre en retrait pour le bien de l’équipe mais il faut aussi beaucoup d’intelligence et d’ouverture d’esprit pour réagir comme il le fait. J’aime vraiment cet état d’esprit et cela me donne encore plus envie de leur rendre sur les rallyes où je serai engagé !

 

Je vous laisse, je file retrouver le Team Sébastien Loeb Racing pour participer à la finale du e-Trophée Andros à Super Besse demain.

 

Seb. »

 

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